NOM DE CODE : JITROIS

Le couturier du cuir a révolutionné les codes du dressing. Peaux de couleurs et corps sexy pour tout le monde, sa créativité n’a pas de limites. Derrière lui, une garde rapprochée, qui rassemble toutes les compétences pour transmettre un savoir-faire unique : le travail du cuir, comme jamais personne ne l’avait inventé avant.

Du cuir, du cuir, toujours du cuir ! C’est sa marque de fabrique. Il y a vingt ans, on disait à Jean Claude Jitrois et à son équipe qu’ils étaient fous et qu’il y avait trop de couleurs, c’était une révolution. Aujourd’hui, un vêtement de cuir Jitrois est un classique, un indémodable qui souligne et sublime le corps, la masculinité ou la féminité, selon les modèles et les personnes qui les portent. Qu’importe votre âge, l’important c’est le corps et le rapport au corps. Hygiène de vie essentielle pour lui, Jean Claude Jitrois vous pousse à aimer la gym. Quand on a fait la moitié du chemin pour soigner son corps et que l’on se découvre lacé(e) dans une tenue Jitrois, la boucle est bouclée. Force est de constater que la logique du corps sublimé, propre à la marque, tient la route.

Le cuir comme armure…
Depuis ses premiers succès à la fin des années 1970, à Nice, où il a la chance d’avoir pour voisin l’artiste Ben, de côtoyer César ou Nikki de Saint Phalle et de conquérir la garde-robe de Caroline de Monaco, sa vision de la mode se nourrit de sa formation initiale, la psychomotricité. Lors de ses études à l’hôpital de la Salpêtrière, il se rend compte de l’influence du vêtement en soignant les troubles comportementaux d’adolescents, auxquels il fait revêtir des vêtements de papier crépon pour jouer des jeux de rôle. Par provocation, Jean Claude Jitrois répète régulièrement que le vêtement soigne les névroses. Dans la vie, comme dans la création, il a pu constater à quel point le choix de ce que porte l’individu a une signification :“J’ai choisi de travailler dans la psychologie, j’ai étudié le développement psychomoteur de l’enfant, j’ai étudié la psychologie de l’adolescent et donc il est bien évident que tout ça m’aide pour mon travail, aujourd’hui.” Pour le couturier, le choix de travailler le cuir est tout aussi significatif : « J’aime le corps, je suis tactile et le cuir est une matière qui est près du corps. Il y avait, il y a 25 ans, un cuir marron, un cuir noir et le cuir était surtout porté par les Teddy boys, les mauvais garçons. Il avait une mauvaise image, une image taboue dans la société. Je l’ai féminisé. J’ai fait la première robe du soir en cuir pour Stéphanie de Monaco au bal de la Rose. Elle a toujours été à l’avant-garde. Le cuir, qui était masculin, j’en ai fait un cuir très féminin, très sensuel. Le cuir c’est une seconde peau et une seconde peau qui vous protège. »

Une création française…
Fait assez rare pour être souligné, quand toutes les entreprises délocalisent, les productions Jitrois sont purement françaises, même plus « Made in Paris », car tous ses ateliers et ses façonniers sont situés dans la capitale de la mode. Quand il a commencé, le créateur a récupéré un savoir-faire presque abandonné : « Le secret de la maison Jitrois, c’est qu’il y a une centaine d’années toutes les femmes du monde portaient des gants en chevreau, une matière très fine et très souple. Ça s’est démodé et ces ganteries ont fermé en France. Il y a déjà plus de trente ans, quand j’ai ouvert mon premier atelier, j’ai récupéré beaucoup de personnel des ganteries.”
Jean-Claude Jitrois a sauvé un savoir-faire et en a créé un autre. Un savoir-faire unique et incomparable sur le travail du cuir, qui se remarque dès les débuts avec la finesse de ses coutures. En le récupérant, le couturier en assure la transmission, mais plus encore, il lui apporte des innovations spectaculaires. La plus marquante, la révolution du cuir stretch qui soutient et galbe les corps à l’envie. Un procédé unique qui permet de laver le cuir en machine à trente degrés et même de le repasser. Un seul credo pour la maison Jitrois : développer de nouvelles matières toujours plus esthétiques et de nouvelles pratiques. Prochain défi pour Jean-Claude Jitrois et son équipe, discipliner le galuchat qui résiste encore…

La culture comme source d’inspiration…
L’inspiration, Jean-Claude Jitrois et ses collaborateurs la recherchent et la renouvellent sans cesse par les voyages et l’actualité culturelle que le créateur suit de prêt : “Avec Sarah Marshall, je visionne à Cannes les derniers films en avant-première, c’est-à-dire six mois avant qu’ils ne sortent, et ça me donne l’impulsion de ce qui va se passer, parce que les cinéastes du monde entier sont un peu comme moi, ils sont à la recherche et à l’écoute de ce qui se passe dans le monde et ça se retranscrit sur la pellicule du film qu’ils font autant sur le plan affectif, politique et esthétique.” Alexis Pene, directeur du studio, complète : “Quand on voit le film de Haneke, le Ruban blanc, en noir et blanc, on se dit automatiquement que la mode va être en noir et blanc, c’est juste quelque chose d’esthétique.” L’important pour tous, c’est d’être là pour étonner, un an à l’avance. J.C. Jitrois : “Ma philosophie de la mode, c’est d’être up-to-date. La mode par définition, ça se démode tous les six mois-un an. Il faut recommencer à créer quelque chose. Un créateur de mode est obligé d’être en avance d’une année sur le désir de la clientèle et doit la surprendre.” De Michel Polnareff à Lady Gaga, acteurs, chanteurs, et toutes stars confondues, une clientèle de tous les âges et de tous les milieux qui se laisse agréablement surprendre de génération en génération…

Chez Jitrois, pas de « it bag » renouvelé chaque saison, pour respecter les principes de la maison, garder le cap sur l’essentiel, le vêtement. Gilbert Maria, directeur général en souligne la force : « Notre philosophie est vraiment axée sur le corps. Le sac est un objet un peu fourre-tout. Nous, on reste sur le vêtement, sur un créneau que pratiquement personne, et c’est un peu cela notre particularité et notre force, ne traite. On parle au corps. On parle aux femmes de leurs corps et on reste sur le cuir, mais le cuir collé au corps. »

Une maison d’avenir…
“Embellir la femme, sans artifice et sans compromis, comme seul travail communautaire”, rappelle constamment Gilbert Maria. La seule mission que s’est donnée la maison Jitrois et toute l’équipe qui la compose, de Gilbert Maria, directeur général, Yann Patry, directeur du marketing, Alexis Pene, directeur du studio, Alexandre Fux et Renaud François à la direction de la presse, à Sarah Marshall, chargée des relations publiques… Aujourd’hui, Jean-Claude Jitrois pense à l’avenir de sa société et de tous ceux qui en ont fait ce qu’elle est aujourd’hui : “On fait toujours l’interview du créateur ou du directeur artistique de la maison Jitrois, mais ce n’est qu’une toute petite partie, le créateur, contrairement à ce qu’on pense, parce que derrière, il y a toute une factory, il y a la manufacture, il y a l’industrie…”

Plus que tout, le créateur aime passer le relai à ses collaborateurs et leur transmettre savoir-faire et compétences. Avec ce noyau dur, cette garde rapprochée, formée par le couturier, l’avenir de la maison est assuré. La seule chose qui compte pour lui et une qualité qui saute aux yeux quand on le rencontre, il le dit lui-même, c’est : “La générosité, c’est vraiment la générosité. Nous sommes au monde locataires de notre vie et non pas propriétaires de nos vies. Donc, il faut être généreux, donner. Donner tout ce que nous avons reçu de nos parents, de notre formation. Nous l’avons digéré et nous le redonnons aux autres et pour moi, ça, c’est la générosité ». Jean Claude Jitrois a assuré sa relève avec brio. Le cuir Jitrois ne vivra pas que pour les étoiles…




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