Yves Saint Laurent : cinquante ans de création

C’était il y a 50 ans ! Yves Saint Laurent créait sa maison de couture le 4 décembre 1961.

Impossible de ne pas rendre hommage à celui qui a révolutionné la mode féminine dans la seconde moitié du vingtième siècle et qui appartient désormais au patrimoine français.

Tout a été dit sur Saint Laurent. Sur ses débuts comme assistant modéliste chez Christian Dior quand la haute couture règne encore à Paris à la fin des années 1950 et qu’il dessine pour des clientes comme Martine Carol ou Marella Agnelli. Sur la ligne Trapèze qu’il lance en 1958, lui, qui déjà enfant écrivait à ses sœurs des notes d’une maison de couture imaginaire. Sur la rencontre de sa vie en 1961 avec Pierre Bergé. Un compagnonnage de longue date qui verra l’éclosion de sa maison de couture. Sur sa passion du théâtre qui ne le quitta jamais. Et ces acteurs pour qui il dessinera nombre de costumes. De « l’Aigle à deux têtes » de Jean Cocteau à « Belle de Jour » de Luis Bunuel ou encore « Stavisky » d’Alain Resnay avec Anny Duperey.

Sur ses coups de génie. Le smoking, l’emblème de son œuvre. La saharienne. Le bermuda. Le costume d’homme rayé ou le manteau à plumes. Les robes inspirées des œuvres de peintres célèbres. Mondrian, Picasso, Matisse, Van Gogh… Ou ses échecs, cette collection automne-hiver 1963 mal accueillie, parce qu’il avait de mauvais mannequins. Le travail avec les mannequins. Un moment primordial. Le moment-clé de son processus de création. Sur le créateur qui n’avait qu’un regret : ne pas avoir inventé le jean. Sur ce couturier qui avait sublimé les femmes, des plus modestes qui copiaient ses modèles aux têtes couronnées. Sur ce talent infini pour rendre les reines impériales et pour donner de l’élégance à toutes, même à celles qui en ont le moins.

Sur ses égéries, de Catherine Deneuve défendue par un cœur à Laetitia Casta couverte de fleurs. L’inspiratrice, la complice, la créatrice Loulou de la Falaise à qui il offre une fête pour son mariage avec Thadée Kosslowski en 1977 et quelques années plus tard le catwalk à sa nièce Lucie. Et toutes les autres mariées qu’il a habillées. La belle Bianca en pantalon blanc lorsqu’elle épouse Mick Jagger à Saint-Tropez en 1971. C’est cette même année qu’Yves Saint Laurent joue les provocateurs et choque en posant nu dans Vogue pour promouvoir sa première eau de toilette pour homme.

Sur ses addictions aux tranquillisants et aux stupéfiants. Sur le mariage du talent et de la souffrance. Sur la rumeur de sa mort qui court dans tout Paris en 1977. Sur ses aphorismes qui rythment ces pages, les pensées de l’homme qui a donné le pouvoir aux femmes avec le tailleur pantalon. Sur ses insignes de chevalier de la Légion d’Honneur remis par François Mitterand en 1985.

Sur la Fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent, née de la volonté de ce Pygmalion fidèle, qui abrite les modèles les plus importants des collections et l’intégralité des dessins et croquis du couturier. Un musée qui révèle plus de 5000 vêtements et quelques 15 000 accessoires. Des créations qui demeureront éternelles, malgré sa disparition.

© Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent / A. Guirkinger

Sur son entrée dans le dictionnaire Larousse en 1983 : « Saint Laurent (Yves), Oran 1936, couturier français. Il s’est imposé par ses interprétations originales du vêtement quotidien (caban, tailleur-pantalon,…) par la rigueur de son style et par son talent de coloriste. » La rigueur. Cette même rigueur toute sa vie jusqu’à sa mise à l’écart des défilés. Et, enfin, sur ses mots de Pierre Bergé lors de son enterrement : « « Tu ne t’es jamais consolé de cette séparation d’avec les défilés mais le divorce était inéluctable. Tu avais compris que l’époque qui s’annonçait ne demanderait ni rigueur ni exigence. » Toute une époque soumise à son style. Et nous nous restons avec ces modèles qui pleurent leur maître. Des modèles qui ont révolutionné la mode.




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